Il est parti !

Voilà, ce matin il est parti ! Ce n’est pourtant pas mon premier, mais c’est à chaque fois pareille. L’absence de l’enfant crée implacablement un vide aussi soudain que pesant. Pendant des mois nous avons vécu ensemble. Il n’y a pas eu de jour que je n’ai veillé sur lui, le voyant ainsi se développer, progresser et prendre peu à peu de l’ampleur. Combien de nuits me suis-je également occupé de lui ? Il m’avait envahi l’esprit jusqu’à l’obsession et je n’avais de cesse d’imaginer pour lui de nouveaux projets. Il ne me reste, à l’instant, qu’un grand manque et une foule d’interrogations.

 

Il est parti vivre sa vie, mais était-il assez mature ? N’était-ce pas  trop tôt ? Ne fallait-il pas le choyer un peu plus longtemps ? Il avait grandi bien vite, trop vite, peut-être ? Est-il assez bien armé pour affronter cette épreuve ? N’aurais-je pas dû gommer encore quelques défauts et davantage renforcer ses qualités ? N’en ai-je pas fait parfois trop ? Parfois pas assez ? Parfois pas assez bien ? J’ai beau me dire que j’ai fait tout ce que je pouvais pour lui, je me sens responsable de son avenir. Parent, c’est pour la vie !
Oh ! Il n’est pas parti sans retour ! Il reviendra. Et puis, il fallait bien qu’un jour il quitte le nid pour affronter cette première expérience !
De cette épreuve, il en ressortira amaigri, mais plus fort, plus mature. C’est ainsi qu’on se forge une personnalité. Enfin, s’il en survit ! C’est moi qui ai choisi le jour et l’heure. Je ne l’ai pas mis à la rue; il est maintenant dans les mains d’une brigade que je connais bien. D’ailleurs, son grand frère a suivi le même parcours, qui lui a fait beaucoup de bien.
 J’ai donc appuyé sur “enter” et plouf… il est parti, chez d’impitoyables correcteurs ! Le premier examen de sa vie, sa vie de roman. Un peu plus tard, s’il a un peu d’étoffe, il en subira un autre, plus difficile encore, celui de l’éditeur. S’il passe cette étape, où beaucoup sont recalés, alors,  alors seulement, il pourra aller à la rencontre de ses lecteurs, puisque tel est sa quête.
Je me fais du souci pour lui, mais j’ai foi en lui. Qui voudrait ne pas croire à la réussite des aspirations de ses enfants ?
Au fait, je ne vous ai pas dit ! Pour l’instant il s’appelle ” Les folles et burlesques journées de l’île de Nantes”

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