La plage.

Un après-midi d’été, alors gamine de sept ans, Lilou rêvait, assise au bord de l’océan, s’amusant des vagues qui tantôt lui léchaient la plante des pieds, tantôt les recouvraient mollement, avant de refluer pour s’unir à des sœurs, venues de l’infini reprendre inlassablement l’assaut. Tout à la sirène qui l’emporterait dans son monde merveilleux, elle ne s’était pas aperçue que la mer commençait à monter ; un premier rouleau effronté éclaboussa son ventre nu innocemment offert, avant qu’un second ne s’enhardisse à se glisser insidieusement sous ses fesses, éveillant en elle une agréable sensation de fraîcheur. Restant bouche bée devant cette audace, la petite imprudemment n’avait pas bougé, si bien qu’une lame plus puissante encore que les précédentes la déséquilibra et la roula sur le sable les coquillages et les galets charriés dans son écume, avant de battre en retraite, maintenant consumée. Le souffle coupé, la fillette s’était relevée hâtivement, reculant dignement, vexée de s’être ainsi laissée surprendre. Une jambe égratignée, regardant du coin de l’œil les autres enfants qui se baignaient à côté d’elle, elle se refusa à pleurer par crainte des moqueries et, les lèvres pincées, remonta vers des mères qui papotaient sans rien soupçonner de ce mini-incident.

Pourquoi ce souvenir si lointain et anecdotique, cette infime écorchure d’amour-propre, revenait-il avec tant de précision apparente quand d’autres plus importants semblaient effacés ? Il faut se méfier des bleus de l’enfance. Troubles d’une âme immature, ils ne guérissent jamais complètement. Bien que n’étant, le plus souvent que des flots déposant derrière eux un sable éphémère, ils s’exhument des années plus tard en des plaies parfois purulentes. L’inconscient maintient au fond de l’eau des cadavres qui, par effet de putréfaction, finissent par remonter un jour à la surface.

Voici ce qui devait être l’intro d’un roman que j’ai choisi de na pas publier. Il voulait traduire ma colère et mon incompréhension devant les attouchements sexuels sur enfants. J’ai bouclé mon manuscrit,  après 3 ans d’écriture, au moment où sortaient à une cadence quasi hebdomadaire  des livres-témoignages. En supposant qu’un éditeur accepte encore de défendre un roman sur un tel sujet, j’aurais donné l’impression de vouloir surfer sur cette actualité, à l’opposé de mon objectif. Il restera donc dans mon tiroir. 

Mon héroïne a 40 ans et une instabilité caractérielle inexpliquée. 

Je ne publierai pas ici l’ensemble de mon roman. Peut-être quelques autres extraits. 

L’autoroute

 

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