Anthologie de formes courtes (suite)

Chanson Se coucher tard nuit Raymond Devos Jeux de mots Les chevaux sont tous des ongulés. Mais ce n’est pas une raison pour les prendre pour des cons. Pierre Desproges Épigramme L’autre jour, au fond d’un vallon, Un serpent piqua Jean Fréron ; Que pensez-vous qu’il arriva ? Ce fut le serpent qui creva. Voltaire Dernière parole Je m’en vais ou je m’en vas, l’un et l’autre se dit, ou se disent Vaugelas Dédicace Dédicace optimiste : à mes petits-enfants et à leurs petits-enfants. René Barjavel Petite phrase Prenez de l’altitude, il y a moins de monde. Charles De Gaulle Quatrain Puis vint cette voix, Environ l’heure de midi, Au temps de l’été, Dans le jardin de mon père. Jeanne

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Trou de mémoire

Ce mot-là, je l’avais encore en tête, entouré de quelques autres quand, à l’instant de le coucher sur un papier, voilà qu’il s’est éclipsé de mon cerveau. Sans doute n’aimait-il pas la compagnie sémantique que je lui proposais, mais ce genre de mésaventure survient de plus en plus souvent.  Les nom propres, passe encore, mais les communs, ça ne l’est pas ! Ah ! ce que c’est agaçant ! Au voleur ! au voleur ! à l’assassin ! au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ; on m’a volé ma mémoire.  Certes, le dictionnaire, toujours à mes côtés, vole aussitôt à mon secours, mais les synonymes ne constituent que des ersatz, des jambes de

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Anthologie de formes courtes

Moralité La raison du plus fort est toujours la meilleure. Jean de La Fontaine Haiku La mer s’assombrit – Le cri des canards sauvages Est vaguement blanc. Bashô Matsuo Micro nouvelle Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là. Augusto Monterroso Roman À vendre : chaussures de bébé, jamais portées. Ernest Hemingway Aphorisme La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme. Christian Bobin Boutade Des fois, j’ai pensé mettre fin à mes jours. Mais je ne savais jamais par lequel commencer. Jacques Prévert Définition Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue. Jules Renard Maxime Nous ne trouvons guère de gens de bon sens que ceux qui sont de notre avis. François de La Rochefoucauld 

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Samedi, Paris

Je marche le long des quais, par une belle douceur. Cette voie désormais piétonne a transformé la colonne vertébrale de la ville, et son âme, mais elle est encore trop bétonnée, trop asphaltée, trop dure, elle pourrait être végétalisée, renaturalisée, rendue à la débauche verte. Et plus je marche, plus je me dis que la ville m’est nocive, qu’elle me veut du mal. J’y suis confronté aux autres et à leurs volontés. Ils m’écrasent de leur présence. J’ai envie de les fuir. Et je marche jusqu’aux Arènes de Lutèce. Des jeunes jouent au foot. Je m’installe au soleil sur un banc, ce pourrait être supportable, mais non, trop de pierres. Carnet de Thierry Crouzet

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La lune au fond du puits

Par une belle nuit d’été, Nasreddin Hodja se rendit dans son jardin, un seau à la main, pour puiser l’eau du puits. Il se pencha pour voir si le seau était plein, et fut effrayé de trouver la lune dans l’eau du puits. — Quelle catastrophe ! La lune est tombée dans le puits! Il retourna chez lui, prit un seau plus grand, espérant ainsi la sortir de là. Il fixa le seau à la poulie et se mit à tirer de toutes ses forces. Malheureusement la corde céda et il tomba à la renverse. Un peu étourdi, il se remettait lentement du choc, quand il rouvrit les yeux et vit la lune dans le ciel. Avec un soupir de

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