Diagnostic fatal ?

Fallait-il opérer ? Le retour de l’analyse était sans appel : une chance de survie, certes minime, contre une certitude de mort. L’intervention serait longue, délicate, et douloureuse car sans anesthésie possible ; la convalescence difficile.  Amputations et greffes avec possibilité de rejets. Sur un enfant si jeune une chirurgie qui ressemblait à de l’acharnement thérapeutique ? À moi seul appartenait la responsabilité de décider. Trois semaines, dans un mutisme total sur le sujet, pour y parvenir.

 
Guérison ou rémission provisoire, trop tôt pour se prononcer, tout ce que l’on peut dire aujourd’hui est que le malade survit et qu’il donne des signes encourageants. Après avoir beaucoup maigri, il reprend notamment du poids. Oui, mon manuscrit est toujours sur ma table et s’épaissit, des feuilles en remplaçant progressivement d’autres car il ne s’agit que de cela; 🙂
      J’avais quasiment fini d’écrire un nouveau roman, quand j’ai eu la périlleuse idée de le soumettre à la lecture d’une psy pour vérifier la cohérence et la vraisemblance des comportements de mon héroïne. Blessure d’orgueil ? Le « retour » pourtant soigneusement modéré fut un choc. « Vous avez un cancer généralisé, mais vous allez guérir.», telle fut l’interprétation d’un esprit toujours si naturellement optimiste ! Bien décidé à tenir compte du conseil sollicité, j’ai été très tenté de mettre mon ouvrage – faute d’être une œuvre –  à la corbeille (Il y finira peut-être d’ailleurs, on ne sait jamais.), plutôt que de procéder à cette indispensable auto-mutilation préconisée.
    Passé le temps de la cicatrisation, j’ai repris mon travail. Dans ma tête, une simple tentative qui me semblait d’autant désespérée qu’elle me demandait d’accepter préalablement la mutilation sacrificielle d’écrits, déjà binés et modelés, que j’aimais comme un parent son enfant. Ces suppressions faites – par cette maudite touche en haut à droite du clavier – j’ai bien tenté de mettre des pansements en comblant les blancs couche par couche, une phrase par ci un paragraphe par là, mais après avoir passé des heures à penser et écrire d’une manière, mon esprit résiste à imaginer une scène substitutive et plus encore à la formuler autrement. Par effet de dominos, c’est en fait tout un ensemble, tombé lambeau par lambeau, que j’ai en fin de compte repris entièrement et réorganisé. Peu à peu apparaît maintenant une histoire, pas fondamentalement différente de la précédente et qui reste mienne, sous un éclairage moins violent et moins romanesque pour en être plus authentique et plus charnelle…enfin, c’est ainsi que je la perçois, bien qu’elle soit loin d’être achevée.
    Effacer, rayer, déplacer, synthétiser, réinventer, et surtout comprendre et aimer assez pour justifier les mots, est-cela l’écriture ? Elle est si exigeante qu’il faut être non seulement impudique mais encore bien immodeste pour se croire publiable !
   Lilou (titre provisoire et nom de mon héroïne) survivra-t-elle à toute cette chirurgie ? Vous le saurez peut-être lors du prochain épisode.

 

Merci mille fois à ma lectrice qui se reconnaîtra et à qui je dédie ce billet d’humour.

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