Tourner la page

Vivre ou écrire, il faut choisir !
Avant, la vie des autres s’enroulait autour de moi.Elle me gobait, m’aspirait, me kidnappait.
Déversait son flot ininterrompu d’informations, d’obligations, de devoirs.
M’obligeait, me saisissait, me frappait.
Le temps galopait, se gaspillait, s’effritait, se perdait.
J’étais un fétu de paille, emportée par la tempête, secouée, détournée, retournée, jamais posée.
Le monde m’emportait dans son feu d’artifice, son bruit, ses fausses étoiles multicolores et ses
illusions. Son manque aussi, immédiat après chaque bouquet final.
L’agitation me distrayait, comme une mouche dans une salle de classe vole l’attention. Tout était
fenêtre, bout de ciel, chant d’oiseau, gomme qui tombe, puis soudain la sonnerie de la fin du jour.
Déjà !
Une sensation de « trop tard »… La nuit est là.
Le sommeil cogne, réclame, exige son dû.
Le temps de rien ! Je ne veux pas qu’ainsi se défile ma vie, qu’elle me perde…
Je veux la savourer, la déguster, la sentir passer !
Tourner la page.
Demeurer seule, silencieuse, immobile.
Transformer chaque idée en mot.
Dessiner de mon crayon tous les instants puisqu’ils m’appartiennent.
Matérialiser l’esprit. Encrer mes pensées qui s’écoulent sur des feuilles blanches.
Ne plus être dérangée par la mouche, devenir la mouche.
Arrêter le temps, contempler l’immortalité de la Vie. L’observer et la suivre.
Où va-t-elle ?
Elle a faim !
Elle se nourrit de tout. Je la regarde, elle s’en fout, se laisse admirer en m’ignorant.
Alors je la copie, je la singe : je l’ignore.
Il n’y a rien à savoir, à comprendre, à chercher.
Je cesse de creuser, je me fous de tout et du monde : il est fini. La vie, elle, est infinie.
Je ne suis plus que mots et coups de pinceau.
Loin des feux d’artifice, des autres, elle explose sur le papier ou sur la toile.
Je lui offre mon mouvement pour qu’elle en fasse ce que bon lui semble, qu’elle colore, qu’elle
romance, en échange de rien. Je lui appartiens.
Si je pose mon stylo, tout s’arrête et je meurs.
Elle est exigeante la Vie, et incorruptible.
Elle me dit : « Tu as bien vécu, eh bien écris maintenant ! »
Je suis prisonnière, esclave soumise, otage docile, amoureuse de sa maîtresse, heureuse d’être
enfermée avec elle, à sa merci, prête à tout accepter pour lui plaire, la contenter.
Elle danse sous mes lettres, chante sa mélodie, crie ses joies et ses peines.
Elle donne, elle prend, se confie, ne ment pas, jamais.
Je ne peux pas choisir !
Vivre c’est écrire !
La Vie virevolte telle la plume légère, douce, imperméable, fragile.
Avant je regardais le ciel, maintenant je sens le ciel.
Je le peins à l’encre du stylo, mots après maux, pour me guérir de la mort.
Du moment où j’ai cessé de perdre du sang, je me suis mise à saigner de l’encre.
Depuis, plus rien ne m’indispose.
Loin de tout, loin de vous, loin du monde, j’enfante des livres.

Corinne Comte


Roman écologique, altruiste et utopique…
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5 réflexions sur “Tourner la page”

    1. Contente que cela vous plaise Maryline 🙂

      Et merci à Pierre de m’avoir fait une petite place sur son blog, son choix de la peinture de Dali me parle beaucoup.
      Belle journée tout le monde…

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