Voici venu le temps des retraités.

 

 

 

Premiers jours de septembre.

Comme chaque matin un octogénaire fait lentement son footing à petits pas devant ma fenêtre. Gagne-t-il ainsi quelques minutes supplémentaires de vie ?
Vers midi, sur la plage, trois couples de retraités sont installés dans des fauteuils pliants et discutent tranquillement de leurs petits-enfants. Contents de les avoir vus, soulagés qu’ils soient repartis. Une dame rondouillarde fait consciencieusement les cent pas  dans la mer, de l’eau jusqu’aux cuisses, pour combattre sa cellulite. Les batailles les plus désespérées ne sont-elles pas les plus belles ?

Sur la plaine se promènent deux septuagénaires romantiques aux cheveux blancs, main dans la main comme des gamins. Peu après, passe un jeune couple avec un landau. En sens inverse deux adolescents amoureux, étonnamment pas encore à l’école, se promettent le même avenir pour la saison prochaine. La relève est assurée.

Les oiseaux ont reconquis leur territoire et bavardent d’un arbre à l’autre, des volées de papillons se hâtent de sortir des futaies, quelques uns venant humer mes agapanthes, des escadrilles d’étourneaux passent en dessus de moi avant de se poser sur la lande dans une orchestration aussi parfaite que pour moi mystérieuse. Ils sont tout heureux d’avoir pu reprendre possession de leur territoire naturel, envahis trois mois par an par ces bêtes à grandes pattes qui ne savent même pas voler.

Une mouette, faisant fi de ma girouette, vient se poser sur mon balcon pour surveiller mon assiette du coin de l’œil.

 

 

Sur le port, silence et calme sont également revenus. Un voilier battant pavillon anglais s’écarte  du quai d’honneur en glissant lentement tandis qu’un catamaran abat ses voiles devant le  môle d’entrée. C’est tout. Les pontons sont complets de bateaux désertés de leurs estivants. La saison est finie et les voilà attachés en laisse à leur quai, bardés de pare-battages. Dans quelques jours, certains partiront sur des parkings d’hivernage où ils seront toilettés pour la saison suivante, comme des chiens au chenil.

Devant mon appartement, les tennis s’ennuient. Fini aussi les rendez-vous entre familles pour un foot d’après-dîner, les parties de pétanques dans l’allée, les appels des enfants qui vont ou reviennent de la plage ; voici venu le temps des retraités, les retraités masqués. Le temps des gens à risque qu’il faudrait protéger comme les espèces en voie de disparition, pour eux aussi, le temps d’un hivernage, toilettés pour la saison suivante ?

 

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